Depuis mai dernier, s’affiche sur le site de France Culture, et sur bien d’autres supports encore, un appel d’offres qui créé une sacrée polémique. L’annonce est sujette à l’étonnement et aux buzz, voire à la colère et à la dénonciation des plus virulentes. De quoi s’agit-il ? Sur le papier, cela semble simple : la radio souhaite entièrement redéfinir son identité sonore et l’habillage de son antenne.

La nouvelle création déclinée en une douzaine d’applications différentes doit mettre l’accent sur la vaste mondialisation de la culture et illustrer toute sa diversité. Fusion des styles musicaux, avec un goût prononcé pour la world music, semble être au cœur des attentes de la direction artistique de la radio. Persiste un hic, ou plusieurs comme le disent les mauvaises langues, portant  sur les raisons de cet appel d’offres, sur le cahier des charges pratiquement inexistant, sur les conditions financières et celles qui portent sur les droits que l’on peut qualifiées d’opaques.

 

Premier sujet d’étonnement : les raisons du changement. Depuis pas mal d’années, France Culture se cherchait une identité sonore, un système d’habillage sur lequel construire durablement pour assurer sa reconnaissance. David Kessler, l’ancien Président de l’antenne, avait souligné combien l’identité sonore actuelle incarnait l’ADN de la station et son futur. Sur le site Radioscope, un site spécialisé sur le monde de la radio, on sous-entend que la légitime volonté d’évolution ne justifie pas de mettre l’actuelle identité sonore à la poubelle, ce qui fait perdre à France Culture le bénéfice de ces dernières années et donc les fruits du succès de son identité sonore.  Interrogée par le journal Design Fax, France Culture ne s’exprime pas sur le fond et les raisons de ce qui ressemble bien à un reniement. En interne, la polémique existe aussi, certains membres de la rédaction comme certains producteurs se sont étonnés de cet appel d’offres. Nous avons joint l’un d’eux qui, sous couvert d’anonymat, regrette que France Culture se débarrasse “d’un outil qui marche très bien”.

La polémique est pourtant ailleurs.

L’Alliance Française des Designers affiche des commentaires sur cet appel d’offres dans sa rubrique consacrée aux appels d’offres à blacklister. En effet, aucune rémunération n’est prévue pour les participants alors qu’un travail considérable leur est demandé. Les règles habituelles et l’éthique tels qu’ils sont définis par la charte présentée sur le site seraient bafoués. En ouvrant à tous ce concours musical , aux amateurs comme aux pro, sans contrepartie à la participation, l’espérance de gain devient très faible d’autant que les critères d’obtention du marché sont eux aussi passés sous silence. C’est un autre point que dénonce l’Alliance Française des Designers.

Un autre élément surprend : aucune rémunération du travail n’est prévue pour le candidat retenu. France Culture reconnait qu’il n’y a pas de budget et que seule l’exploitation sera rémunérée et encore, avec un gros souci : le vainqueur devra présenter une œuvre inédite dont les droits d’édition devront être cédés à Radio France. Cela revient à dire que non seulement France Culture ne paiera pas d’honoraires mais en plus que sa maison mère récupèrera une partie substantielle des droits. Cette cession obligatoire est dénoncée par pas mal de posts et soulèverait des questions juridiques.

France Culture répond qu’il ne s’agit pas d’un appel d’offres public et que personne n’est forcé à prendre part à cet appel à candidature. Bref, c’est donc une sorte de concours comme on en trouve dans les écoles, un concours pour jeunes élèves, mais pas un appel d’offres suffisamment décent pour des professionnels. Un certain mutisme semble d’ailleurs s’emparer des grands spécialistes du secteur : Sixième Son dit qu’il ne participe pas, sans explication, idem pour ByMusic ou Laps.

A ce niveau de compréhension floutée, des hypothèses osées viennent à l’esprit, et le buzz prend feu sur la toile: une pétition, quelques brèves assassines et une gueulante sur tel ou tel site… Ce que l’on retiendra surtout, c’est que les conditions du succès d’un travail de cette nature ne semblent pas réunies. C’est dommage, car l’idée était sympathique, mais sa présentation est sans doute maladroite.

Pour les néophytes, voici un petit guide de bonne conduite en contexte d’appel d’offre en bonne et due forme.

 

1 COMMENTAIRE

  1. Imbroglio et confusion économico-juridique, un appel d’offre qui n’en est pas un,
    un client qui est le diffuseur, mais qui veut être aussi l’éditeur, voire le producteur …. Quelle place reste-t-il au créateur ?

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